Posts By Ondine

Ben Harper & Charlie Musselwhite

Summer 1999, I think. We were 15, 16 years old maybe. No cellphone and a pretty awful collection of clothes. Bored as hell in our small town lost in the middle of the mountains. Afternoons spent lying in the grass telling each other endless stories. Evenings lost smoking cigarettes and joints sat on the roof under the stars, or sprawled on a single bed under the fake plastic stars glued to the ceiling that every nineties kid had, swearing to each other that we will be friends forever.

Hours and hours living in a dream world, not carefree anymore but not totally lucid either. Together because it was better than alone, I guess. And an album playing on repeat on our old stereo: Welcome to the Cruel World – define “being a teenager” in five words, huh.

 

There was something calming in Ben Harper’s voice, as if he was this reassuring hand on our shoulder whose stroke was whispering “it’s gonna be okay”, as if the tearful melancholy contained in “Waiting on an Angel” or “Walk Away” was directly speaking to the teenagers we were: soft and bitter, hopelessly romantic but definitely not naïve anymore, scared of the future but full of dreams – acid hidden inside our chubby baby cheeks.

It’s this exact same effect that Ben Harper’s presence and voice had on me a couple of weeks ago when we filmed him and Charlie Musselwhite in this tiny guitar workshop near Pigalle – probably similar to the one Ben grew up in. The memory of being clueless as fuck, of not knowing what would happen, but that everything was possible, came back in a snap, twenty years later, as soon as him and Charlie walked in and started playing and singing. And instead of fear or anxiety, instead of diving into nostalgia, I texted the girls that I’m still best friends with and felt like, yeah, everything was, indeed, gonna be okay.

 

Jacob Banks

Le fantôme du cortège d’une manifestation déjà loin. Le souvenir d’une foule. Des restes de flyers et d’affiches éparpillés sur le sol. Des skaters qui reprennent petit à petit leur place sur la Place de la République. Et Jacob Banks, a cappella, déambulant dans la rue avec ses baskets roses et sa voix de crooner mise à nue.

Cody Chesnutt

J’ai toujours été fascinée par les gens qui ont un effet apaisant immédiat sur les autres. Ceux qui possèdent cette impalpable aura capable de calmer n’importe quel maux par leur simple présence, ceux qui vous poussent inconsciemment à respirer un grand coup et à mettre en sourdine (au moins provisoirement) ce qui vous torture – de l’élan de stress quotidien aux obsessions les plus latentes et indélogeables.

J’imagine que c’est un truc d’éternelle anxieuse – allez, une sorte de pouvoir magique (il faut bien qu’on en ait) – que de savoir les reconnaitre immédiatement, et il ne m’a pas fallu deux minutes pour comprendre que Cody Chesnutt faisait clairement partie de cette catégorie là.

Nous étions en plein coeur de Paris, sur une place bruyante où les Parisiens pressés et les touristes se croisent dans un étrange ballet plus ou moins chorégraphié, et l’arrivée de Cody a comme éteint instantanément l’incendie qui brûlait autour de nous.

Cody a cette voix qui ne s’élève jamais, une bienveillance folle, même pour les parfaits inconnus que nous étions, et une troublante manière de sembler totalement imperméable à l’agitation qui règne autour de lui, ce qui ne l’empêche pas d’être profondément concerné par ce qui l’entoure.

Nous avons parlé, longuement. De musique bien sûr, de ce drôle de monde qui part, il faut bien l’avouer, chaque jour un peu plus en sucette, des livres que nous venions de lire, d’histoire, d’Atlanta où il vit, de ses enfants, de nos passions, et c’est avec ce même timbre tout en retenue, avec ce même calme détaché et une mansuétude étourdissante que Cody nous a entrainé dans une des allée du Marché aux Fleurs et aux Oiseaux pour jouer un titre plus qu’à propos : “The Green Leaf Is My Medicine”.

Damien Rice

C’était la première fois que je partais de chez moi. À 1400km de ma famille, de mes amis, de tous mes points de repères et de ce que j’étais dans la ville qui m’a vu grandir. J’avais 20 ans et je me souviens encore des larmes de la séparation, des premières heures dans cette chambre d’étudiante que j’essayais tant bien que mal de faire ressembler à quelque chose de familier, et des premières rencontres où j’étais bien incapable d’aligner trois mots dans cette langue que je connaissais à peine.

Je me rappelle surtout de ce moment clé, de ce que je sais aujourd’hui être l’un des basculements les plus cruciaux de ma vie, où j’ai réalisé que là-bas, je ne connaissais personne, mais que personne ne me connaissait non plus. Que je pouvais être qui je voulais, comme je le voulais, me déconstruire, me reconstruire, et être la personne que je souhaitais devenir sans être sans cesse replacée dans la case que l’on m’avait désignée au fil des années. Une étrange libération au milieu de l’angoisse de l’émancipation. Un affranchissement des règles que je m’étais inconsciemment imposées. Le début d’une petite révolution.

Et puis il y a eu ce garçon, le cliché total, le coup de foudre. J’ai encore bien du mal à expliquer aujourd’hui ce qui nous a fait plonger l’un pour l’autre. Tout ce que je sais, c’est que ça a été instantané, bouleversant, absolument incontrôlable, et que cette rencontre a marqué le début de mon histoire d’amour avec Damien Rice.

C’est ce garçon qui m’a converti à O, son premier album. À la douceur de son folk, à ses moments de calme contenu et de résignation, à ses tourbillons de colère et de frustration, de lâcher prise aussi. À ses guitares et ses violons qui s’emballent jusqu’à exploser, s’emmêler, comme le coeur et le cerveau se prennent souvent les pieds l’un dans l’autre (je sais qu’un coeur n’a pas de pieds). À cette voix qui sait se faire tantôt soyeuse, tantôt fataliste et désabusée, parfois complètement hors de contrôle. À ces vagues de tristesse, d’exaspération, de violence, d’euphorie, d’abdication orchestrées avec tant de finesse, de justesse et de vérité qu’il était impossible de ne pas se laisser emporter.

C’est drôle, avec le recul, de se dire qu’un disque de rupture a accompagné, nuits et jours, les débuts d’une relation. Mais, parce qu’il était le parfait miroir de ce qui se tramait dans ma tête, dans nos têtes à tous les deux à ce moment précis de nos courtes existences, parce qu’il était aussi chaotique, éperdu et confus que nous l’étions, O est rapidement devenu à la fois l’un des albums les plus marquants de ma vie, la bande-son d’une réinvention, et celle d’une histoire qui a ébranlé mes certitudes les plus profondes tout en donnant un tout autre sens à ce qu’était l’abandon de soi.

Jusqu’à ce que, quelques années plus tard, le garçon décide qu’il n’était pas fait pour ce monde-là. Ou que ce monde n’était pas fait pour lui, je ne le saurai jamais.

C’est fou comme une tragédie peut donner une toute autre couleur, un tout autre sens à des mélodies tellement familières qu’on a l’impression de les écouter avec la peau. C’est fou aussi de ne plus jamais pouvoir ne serait-ce qu’envisager d’écouter un disque qu’on a pourtant tant aimé parce qu’il risquerait de réveiller un volcan impossible à canaliser. Trop de souvenirs. Trop d’implications.

Cela faisait dix ans que je n’avais pas réécouter les titres de O quand Damien Rice a joué les premières notes de “The Blower’s Daughter” au milieu de cet appartement parisien, ce soir glacial de décembre. Dix ans que j’avais presque oublié à quel point cet artiste sait marcher sur le fil de l’émotion la plus brute et la plus sincère, sans jamais tomber dans l’apitoiement et les sanglots faciles. Comment Damien maitrise la construction de folk songs à la plus pure beauté. Comment son timbre déchirant évite toujours habilement le dramatique. Comment il ne semble jamais en user pour tirer les larmes – et dieu sait qu’il y en a pourtant eu dans la foule -, mais pour panser les plaies.

Je crois que je n’avais pas compris tout le pouvoir cathartique de Damien Rice avant ce soir. Ni de quelle manière – de ces anciens morceaux à vif, aux plus récents de My Favourite Faded Fantasy et “Back To Her Man” écrit en hommage à Leonard Cohen -, sa musique peut guérir bien des choses. À commencer par la douleur sourde de la perte, de l’impuissance et de la nostalgie.

Juana Molina

Il faut croire que la fatigue et le décalage horaire n’ont pas de prise sur Juana Molina et son groupe, ni sur leur gentillesse, patience et bienveillance.

Deux jours plus tôt, les Argentins donnaient un concert à Osaka au Japon. Juste le temps pour eux de sauter dans un avion et de traverser la moitié du monde pour jouer au Guess Who? Festival en Hollande.  Le lendemain, la guitariste virtuose et ses musiciens donneraient un concert à Montevideo, en Uruguay, à quelques 12 000km de là.

En attendant, c’est dans un recoin du TivoliVredenburg, cette drôle de salle de concert d’Utrecht aux multiples escalators, lieu principal du festival où l’on aime toujours autant se perdre, que l’adorable trio a pris le temps de jouer pour nous “Sin Dones”, titre extrait de Halo sorti quelques mois auparavant.

 

Sudan Archives

Cela faisait des jours, des semaines même, que nous étions tous pris dans l’agitation de la ville. Nous sortions d’un festival – la foule, le bruit constant, ce tourbillon d’allers et venus, ce flot de parole qui finit, au fil des heures et la fatigue venant, par ne plus être qu’un bourdonnement.

Nous étions épuisés, et c’est après quelques heures d’épopée pour se rendre au Guess Who? Festival que nous sommes arrivés dans cet îlot de tranquillité qu’est le Oude Hortus : un jardin botanique logé au coeur d’Utrecht, invisible de l’extérieur, caché derrière une haute façade en verre qu’on prendrait aisément pour une bibliothèque universitaire.

 

Derrière, une autre ville – celle du vert et des verrières, des arbres centenaires et d’une certaine sérénité bucolique faite du léger bruissement des feuilles et de l’odeur de l’herbe fraichement coupée. C’est là, dans ce calme apaisant, puis enveloppés par la moiteur si particulière des serres et la beauté étourdissante des nénuphars géants, que l’Américaine Sudan Archives est venue dérouler ses boucles de violon, allégées de leurs effets, de leur électricité et de leur groove, pour nous le temps d’un Concert à Emporter salvateur.

Soirée de Poche #54 : Damien Rice

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Ce sera la dernière Soirée de Poche de l’année, une Soirée de Poche à l’ancienne avec un artiste que l’on suit depuis des années, et que l’on a déjà filmé dans le cadre de l’incroyable Michelberger Music Festival l’an passé à Berlin.

Seul, à la guitare, l’Irlandais Damien Rice viendra en effet donner le concert le plus intimiste possible pour une poignée de chanceux réunis dans un appartement parisien pour notre 54ème Soirée de Poche qui aura lieu le mardi 12 décembre.

Pour assister à la soirée, le principe est simple : envoyez un mail avec pour sujet “Soirée de Poche 54″ à blogotheque@gmail.com avant 18h demain, vendredi 8 décembre. Soyez créatifs, on aime les déclarations d’amour et on aimerait surtout savoir pourquoi vous chérissez la musique du copain Damien. Oh, et n’oubliez pas de nous dire si vous voulez 1 ou 2 place(s). Un tirage au sort sera effectué par la suite et les gagnants seront prévenus par mail dans la foulée.

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Soirée de Poche #53 : Benjamin Booker

On lui en a fait faire de drôles de trucs à Benjamin Booker, à commencer par le faire sauter dans une benne à ordure, guitare à la main, pour jouer “Have You Seen My Son?” pendant qu’une joyeuse équipe de la voirie le poussait à travers les rues de Bagnolet à la fin de la brocante dominicale. Plus tard, c’est dans un tout autre paysage qu’on a retrouvé l’Américain pour une reprise crève-coeur de “I’d Rather Go Blind” d’Etta James perché dans les montagnes suisses, au pied du chalet de Claude Nobs, le fondateur du Montreux Jazz Festival.

Cette fois-ci, c’est à Paris que nous retrouverons, en duo et en semi-acoustique, celui dont le sourire est capable d’illuminer une pièce en quelques secondes, et dont la rage, live, galvanise en un instant, pour notre 53ème Soirée de Poche qui aura lieu le jeudi 16 novembre dans un lieu tenu secret.

Pour assister à la soirée, le principe est simple : envoyez un mail avec pour sujet “Soirée de Poche 53″ à blogotheque@gmail.com avant 23h59 demain (on aime la précision), mardi 14 novembre. Soyez créatifs, on aime les déclarations d’amour et on aimerait surtout savoir pourquoi vous chérissez la musique du copain Benjamin. Oh et n’oubliez pas de nous dire si vous voulez 1 ou 2 place(s). Un tirage au sort sera effectué par la suite et les gagnants seront prévenus par mail dans la foulée. 

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